Par la rédaction CFinfo9 | 12 mars 2026
⏱️ Temps de lecture : 7 min | 🌍 International | Géopolitique | Moyen-Orient
EN BREF — Mojtaba Khamenei, fils d'Ali Khamenei, est devenu le 9 mars 2026 le nouveau guide suprême de la République islamique d'Iran. Élu à 90% des voix par l'Assemblée des experts, il est blessé, invisible au public, mais déjà actif. Son premier message est une déclaration de guerre diplomatique : fermeture des bases américaines dans la région, continuité du blocage d'Ormuz, et promesse de vengeance. L'Iran ne capitule pas. L'Iran se recompose.
UN PAYS DÉCAPITÉ QUI REFUSE DE TOMBER
Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé une offensive militaire d'une ampleur sans précédent contre l'Iran. Parmi les cibles prioritaires de cette première nuit de guerre : les figures du régime. Ali Khamenei, guide suprême depuis 1989, a été tué lors de ces frappes initiales. Sa fille, son gendre, sa petite-fille et son épouse ont également perdu la vie. Un choc d'une brutalité rare. Washington et Tel-Aviv espéraient que l'élimination du sommet du régime provoquerait son effondrement immédiat.
Mais comme l'observe Miloud Chennoufi, chercheur spécialisé en géopolitique : le fait que, juste après l'assassinat d'Ali Khamenei, un comité tripartite se soit composé pour administrer les affaires courantes témoigne de l'existence d'une architecture institutionnelle plus complexe et moins fragile que croyaient les États-Unis et Israël. Le régime iranien, conçu depuis 1979 pour être résilient, redondant et capable de survivre à la mort de ses chefs, a tenu. Et il a choisi sa ligne de continuité.
UN NOUVEAU GUIDE EN NEUF JOURS
Neuf jours après la mort d'Ali Khamenei, l'Assemblée des experts — le collège de 88 membres du clergé chiite chargé d'élire le guide suprême — s'est réunie dans des circonstances extraordinaires. Les frappes israéliennes du 3 mars avaient même ciblé le siège de l'assemblée, sans parvenir à interrompre le processus. Le 8 mars 2026, Mojtaba Khamenei était élu nouveau guide suprême avec 90% des voix, lors d'une réunion secrète tenue dans la ville sainte de Qom.
Mohammad Mehdi Mirbagheri, membre de l'Assemblée, a déclaré que les honorables membres avaient déployé des efforts considérables pour désigner le guide, et que grâce à Dieu, un avis ferme reflétant l'opinion majoritaire avait été rendu. Les Gardiens de la Révolution ont immédiatement prêté allégeance au nouveau guide, suivis par les forces armées régulières et la police. La continuité institutionnelle était assurée.
Mojtaba Khamenei est ainsi devenu le troisième guide suprême de l'histoire de l'Iran, après le fondateur de la République islamique Rouhollah Khomeini (1979-1989) et son père Ali Khamenei (1989-2026).
QUI EST MOJTABA KHAMENEI ?
Né en 1969, Mojtaba Khamenei est pendant des années resté l'homme de l'ombre par excellence. Il apparaissait très peu en public, donnait peu de discours et n'avait pas de position officielle dans le régime, comme l'explique Thomas Juneau, professeur à l'Université d'Ottawa. Mais les câbles diplomatiques publiés par WikiLeaks à la fin des années 2000 le décrivaient déjà comme l'homme fort derrière la robe, largement considéré comme une figure compétente et influente au sein du régime.
En réalité, Mojtaba Khamenei travaillait depuis des années dans les coulisses du pouvoir iranien. Il coordonnait discrètement des opérations militaires et de renseignement. Il était le candidat préféré des Gardiens de la Révolution. Selon le Trésor américain, Ali Khamenei lui avait délégué une partie de ses responsabilités. Mojtaba aurait aussi collaboré avec des branches paramilitaires pour organiser des répressions, notamment lors du mouvement de contestation qui avait suivi la réélection controversée du président Mahmoud Ahmadinejad en 2009.
Sa nomination coïncide avec son élévation au rang d'ayatollah — le plus haut rang religieux chiite. Elle s'inscrit également dans une logique dynastique qui ne manque pas d'ironie : la République islamique, venue au pouvoir en 1979 en renversant la monarchie héréditaire du Shah, se retrouve à choisir le fils de son précédent chef. En 2024, Ali Khamenei avait lui-même écarté publiquement cette possibilité. La guerre a changé les calculs.
UN GUIDE BLESSÉ, INVISIBLE, MAIS ACTIF
Depuis le 28 février, Mojtaba Khamenei n'a pas fait une seule apparition publique. Sa discrétion est totale. Aucune photo récente, aucun discours filmé, pas même une déclaration écrite dans les premiers jours suivant sa nomination. Dans les cérémonies d'allégeance, c'est un simple portrait qui est présenté à la foule.
Cette invisibilité alimente des spéculations intenses sur son état de santé réel. Le 13 mars, Pete Hegseth, secrétaire à la Défense américain, a affirmé que Mojtaba Khamenei était blessé et probablement défiguré, le qualifiant de pas si suprême. Selon le New York Times, citant des officiels iraniens anonymes, le nouveau guide serait blessé aux jambes, mais conscient et placé sous haute sécurité. Son fils Yousef Pezeshkian a publié sur les réseaux sociaux que, selon des informations de contacts fiables, Mojtaba était sain et sauf.
La raison de cette invisibilité est stratégique. La moindre communication pourrait révéler sa localisation et compromettre sa sécurité, alors qu'il est devenu une cible prioritaire pour Israël et les États-Unis. Israël avait d'ailleurs annoncé avant même la nomination que le nouveau guide suprême, quelle que soit son identité, serait une cible. Donald Trump, lui, avait prévenu que le nouveau guide ne tiendrait pas longtemps.
LA PREMIÈRE GRANDE DÉCLARATION : VENGEANCE ET ORMUZ
Le 12 mars 2026, Mojtaba Khamenei a finalement rompu son silence dans un message écrit lu à l'antenne de la télévision nationale iranienne par une présentatrice. Un texte long, principalement consacré à un hommage funèbre rendu à son père, mais portant un message politique clair et sans ambiguïté.
Dans son premier message, le nouveau guide a promis la vengeance après les attaques israélo-américaines. Il a déclaré que le souhait des masses populaires est la poursuite d'une défense efficace et dissuasive et qu'il fallait continuer à utiliser le levier du blocage du détroit d'Ormuz. Sur la question des bases militaires américaines dans la région, il a été explicite : depuis des années, l'ennemi a progressivement établi des bases militaires et financières dans certains de ces pays pour assurer sa domination régionale. Lors de la récente agression, certaines de ces bases ont été utilisées.
À la fin de la lecture du discours, les Gardiens de la Révolution ont annoncé avoir lancé de nouvelles frappes contre des cibles américaines et israéliennes en hommage à Khamenei et à sa famille. Un signal fort : la parole du nouveau guide est suivie d'effets immédiats sur le terrain.
LES MONARCHIES DU GOLFE DANS L'ŒIL DU CYCLONE
L'appel de Mojtaba Khamenei à fermer les bases américaines vise directement les monarchies du Golfe Persique. La base aérienne d'Al-Udeid au Qatar — qui abrite le quartier général des forces aériennes américaines au Moyen-Orient — est la plus stratégique. Mais Bahreïn, les Émirats Arabes Unis et l'Arabie Saoudite abritent également des milliers de soldats américains sur leurs territoires.
Ces pays se retrouvent dans une position diplomatique extrêmement délicate, coincés entre leur partenariat historique avec Washington et la pression exercée par un Iran en guerre ouverte qui n'hésite pas à frapper leurs infrastructures énergétiques. Aucune des monarchies du Golfe n'a répondu publiquement à cet appel. Mais en coulisses, les chancelleries travaillent activement pour trouver une porte de sortie.
POUTINE APPORTE SON SOUTIEN, PÉKIN PROTÈGE
Sur la scène internationale, les soutiens du nouveau guide suprême se sont rapidement manifestés. Vladimir Poutine a personnellement adressé un message à Mojtaba Khamenei, lui assurant son soutien indéfectible et rappelant que la Russie a été et restera un partenaire fiable de l'Iran. La Chine, de son côté, s'est déclarée opposée à toute action étrangère qui viserait le nouveau guide suprême, présentant la nomination comme une affaire intérieure iranienne et réaffirmant son opposition à toute ingérence dans les affaires d'autres pays.
Cette coalition Russie-Chine-Iran qui se dessine autour de la protection du nouveau régime iranien est un signal diplomatique majeur pour Washington et Tel-Aviv. L'objectif déclaré des États-Unis — le changement de régime en Iran — se heurte à une résistance internationale qui dépasse largement les frontières du Moyen-Orient.
UN RÉGIME QUI SE RECOMPOSE SOUS TENSION
La succession de Khamenei fils, analysent plusieurs experts, n'est pas un symbole de stabilité mais de recomposition sous tension. L'accession de Mojtaba fissure le récit fondateur de la République islamique, qui s'était érigée contre la monarchie héréditaire du Shah. Plusieurs analystes estiment également que différents groupes de pouvoir vont désormais essayer d'augmenter leur part du gâteau — notamment les Gardiens de la Révolution, dont le poids dans les décisions politiques et militaires ne cesse de croître depuis le début du conflit.
À RETENIR
▪️ Mojtaba Khamenei élu guide suprême le 8 mars 2026 avec 90% des voix de l'Assemblée des experts
▪️ Fils d'Ali Khamenei, 56 ans, proche des Gardiens de la Révolution, ligne dure assumée
▪️ Blessé selon le Pentagone — aucune apparition publique depuis sa nomination
▪️ Premier message : vengeance, continuité du blocage d'Ormuz, fermeture des bases américaines dans la région
▪️ Troisième guide suprême de l'histoire de l'Iran après Khomeini et Ali Khamenei
▪️ Poutine lui a apporté son soutien indéfectible, Pékin protège sa souveraineté
▪️ Washington et Tel-Aviv le considèrent comme une cible prioritaire
Mojtaba Khamenei est entré dans l'histoire de la manière la plus brutale qui soit — sur les décombres d'une famille décimée par les bombes. En choisissant la continuité idéologique dans ces circonstances, le régime iranien envoie un message clair au monde : nous sommes toujours là, nous ne plierons pas. Que ce régime tienne ou s'effondre sous la pression militaire et économique qui s'accumule, une chose est certaine — l'Iran de Mojtaba Khamenei ne ressemblera pas à l'Iran d'avant le 28 février 2026. Une page s'est tournée. Et personne ne sait encore ce qui est écrit sur la suivante.
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